En 1963-64, tout un quartier est largement amputé en vue de la construction de la Maison de Radio-Canada. Auparavant, il avait déjà connu des expropriations, pour l’érection du pont Jacques-Cartier ainsi que pour l’élargissement de la rue Dorchester (aujourd’hui, le boulevard René-Lévesque), mais jamais aussi drastiques. Cette métamorphose emporta avec elle le surnom parfumé du Faubourg à m’lasse.

« L’appellation semble avoir plusieurs origines, mais elles demeurent toutes des hypothèses. Si l’on se replace dans le paysage montréalais : on était aux abords du port, mais dans sa portion est, près de la brasserie Molson. C’était un secteur densément industriel surtout le long du fleuve. Il y avait des quais, dès le XIXe siècle, où beaucoup de navires accostaient et circulaient. Une bonne partie des marchandises qui transitaient là était, soi-disant, des barils… de mélasse. Selon les témoignages de l’époque, ça donnait une odeur à l’endroit et, tranquillement, on aurait nommé le lieu en fonction de ces effluves. Mais, le parfum de sucre, était-il dû à ce produit spécifique ou à un mélange de toutes les industries qui y étaient établies : peut-être des confiseries, combinées à l’odeur de la brasserie?

[…] Toutefois, d’autres émettent l’idée que “la m’lasse, c’est le sucre des pauvres” et l’associent au fait que le faubourg était situé dans le bas de la ville. Les résidents entendaient souvent dire, avec une connotation péjorative : “T’habites dans le bas de la ville”. […] Les gens avaient bien compris qu’ils avaient avantage à ne pas préciser d’où ils venaient, parce que ce n’était pas bien vu. Est-ce l’une des raisons pour lesquelles les frontières de ce faubourg sont si floues? Certains avaient-ils la stratégie d’utiliser les noms des quartiers avoisinants pour se tirer d’affaire?

[…] Au-delà des regards extérieurs, plusieurs résidents aimaient profondément leur quartier. Il y régnait une véritable “vie de village”. Souvent, on a l’impression qu’en ville, les gens bougent et qu’ils déménagent d’un loyer à l’autre, mais certaines familles restaient là depuis trois générations. La maison qu’ils habitaient était la maison que leur père ou leur grand-père avait bâtie.

C’est plus de 5000 personnes qui ont dû déménager, c’est un gros morceau de la ville qui est parti. Entre la démolition et l’inauguration de la tour de Radio-Canada, on parle de dix ans. Il y a eu une “plaie ouverte” pendant tout ce temps et c’est en ces termes qu’on nous l’a décrit : “une plaie, une fissure, un trou”1. »

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AUDIO

Entrevue réalisée auprès de Catherine Charlebois, muséologue au Centre d’histoire de Montréal.

Vie de quartier

Histoire et architecture

La Maison Radio-Canada


 

CARTE DÉTAILLÉE


 

BIBLIOGRAPHIE & NOTES

1 Catherine Charlebois (muséologue au Centre d’histoire de Montréal), entrevue, propos recueillis par l’artiste.

Autre source consultée : Catherine Charlebois et Paul-André Linteau, Quartiers disparus : Red Light, Faubourg à M’lasse, Goose Village (Montréal : Éditions Cardinal), 2014.

* Catherine Charlebois a fait revivre le Faubourg à m’lasse le temps d’une exposition portant sur les Quartiers disparus (2012).


 

IMAGES

1. Archives de la Ville de Montréal. VM94-Ad009-033. Vue aérienne 1963-1964.

2. Archives de la Ville de Montréal. VM94-C290-005. Prise en 1963.

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