« La Neigière, c’était comme une maison sans fenêtres, mais avec une porte et des murs très épais, isolés avec de la sciure de bois… Un bloc, en bardeaux… Tellement haut… Avant la venue de la réfrigération, les hommes la remplissaient de neige et papa louait un petit coin pour conserver nos myes [des mollusques servant d’appât pour la pêche]. Il fallait toujours en avoir en réserve, La Neigière était donc très importante pour la communauté. Là, je te parle des années 19501. »

Plusieurs pêcheurs s’étaient également construit leur propre glacière2. À une époque, il était possible d’en retrouver tout au long de la côte, sans compter que la ville de Carleton a vu une coopérative de pêcheurs s’implanter en 1923, la seule en Gaspésie ayant survécu à la crise économique de 1929. « Spécialisée dans la pêche au saumon, la coopérative de Carleton met sur pied dès 1924 une conserverie qui ne fonctionnera cependant que quelques années. En 1932, les Carletonnais bénéficient de l’implantation d’un entrepôt frigorifique que l’on appellera plus communément le frigidaire3. »

Neigière, glacière, frigidaire : différents noms et divers lieux, mais un même besoin, celui de préserver le fruit de son labeur.

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AUDIO

Entrevue réalisée auprès de Mandine Leblanc, détentrice d’un brevet de capitaine au long cours, fille de Valmont-à-Siméon Leblanc, 11 octobre 2015.

La Neigière, souvenir d’enfance.


 

LEXIQUE

Neigière : ce mot retenu dans l’ouvrage Parlers et paysages du Québec, visant à souligner certains particularismes du vocabulaire géographique québécois : « Il désigne un endroit naturel, comme un creux dans une falaise, qui demeure suffisamment froid l’été pour que la neige ne fonde que très tardivement, et que les pêcheurs utilisaient pour conserver le poisson. […] Il a [aussi] été attesté pour désigner des sortes de niches en partie enfouies dans la terre et dans lesquelles on gardait de la neige de l’hiver pour l’utiliser l’été afin de conserver des denrées périssables, viande ou poisson. […] Une neigière pouvait donc être naturelle ou non4. »


 

BIBLIOGRAPHIE & NOTES

1 Mandine Leblanc (détentrice d’un brevet de capitaine au long cours, fille de Valmont-à-Simon Leblanc), propos recueillis par l’artiste, 11 octobre 2015.

2 Terme entendu dans maints témoignages.

3 Julie Landry, La base sociale de la coopérative de pêcheurs de Carleton, 1923-1966 (Mémoire de maîtrise en études et intervention régionale, Chicoutimi : Université du Québec à Chicoutimi, 2008), 2.

4 Commission de toponymie et Office québécois de la langue française, Parlers et paysages du Québec: randonnée à travers les mots d’ici (Québec : Publications du Québec, 2012), 76. Les enquêtes de la Commission de toponymie du Québec concernant ce mot ont été réalisées dans la région d’Anticosti et des rives insulaires ou continentales avoisinantes.


 

IMAGE

1. Écomusée Tracadièche. À défaut d’avoir déniché une image de la neigière, mentionnée dans l’extrait, voici une photographie de celle à monsieur Eudore Boudreau.

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