« Aujourd’hui, même les preps ont des tattoos pis des mohawks. Dans le temps, on faisait peur au monde. Comme tous les kids de 20 ans, on se croyait invincibles. À partir du Squelette on voyait loin, on avait l’impression d’avoir un horizon, enfin. Y’en a qui squattaient là, moi, je faisais le party1. »

« C’était la carcasse d’un building, juste la structure, dix étages de béton, pas de murs, avec des trous immenses au lieu des fenêtres. De là, on voyait toute la ville : le pont Jacques-Cartier, le mont Royal, Le Vieux-Port, le centre-ville, toute2! »

L’immeuble en question a été construit par la compagnie Montréal Refrigerating and Storage Limited à proximité du port en 1927. En 1985, il est abandonné puis à la suite d’épisodes de squattage ainsi qu’un incendie, les grands moyens furent déployés : « [Le] propriétaire tente de décourager tout usage, en mettant à nu sa structure. L’entreprise est conduite sans concessions. [Il] est dévêtu de toutes ses enveloppes, murs extérieurs, revêtements de plancher, plafonds, murs intérieurs, services mécaniques et électriques, ascenseurs. Tout est abattu, arraché, emporté pour en faire un non-lieu, un espace en attente de détermination, sans usagers possibles [.]

Pourtant, c’est un nouveau lieu qui émerge, qui exclut que l’on assume la naïveté de l’opposition entre le dedans et le dehors, et révèle l’intériorité comme une situation qui s’élabore et se vit au coeur même de l’extériorité3. »

C’est ainsi que sa fonction d’entrepôt frigorifique durant une bonne partie du XXe siècle, et que, fort probablement, l’état de froideur dans lequel on l’a laissé, lui auront valu un second surnom : Le Frigidaire.

Le 26 août 1996, alors que les souvenirs d’un homme s’envolaient, La Presse relatait la scène : « […] Douze coups de sirène déchirent l’air. La foule se tait. Cent vingt interminables secondes s’écoulent avant que 16 craquements secs ne se fassent entendre en rafale. Un léger souffle caresse les visages et l’édifice s’écroule en moins de huit secondes, avalé vers le centre4. »

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BIBLIOGRAPHIE & NOTES

1 Propos d’un participant anonyme.

2 Ibid.

3 Perla Serfaty-Garzon, « La ville et ses restes », L’aménagement urbain : promesses et défis (Québec : Institut québécois de recherche sur la culture, 1991), 232‑267, http://www.perlaserfaty.net/texte2.htm.

4 Charles Grandmont, « Le vieil entrepôt n’est plus », La Presse, no 304, 27 août 1996.


 

IMAGES

1. Archives de la Ville de Montréal. VM94-1996-0444-006.
2. Archives de la Ville de Montréal. VM94-1996-0444-012.
3. Archives de la Ville de Montréal. VM94-1996-0444-017.
4. Archives de la Ville de Montréal. VM94-1996-0444-024.

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