« Les Blocs, c’était où c’était possible de passer toute la journée et toute la soirée, de voir du monde, de quêter, de te trouver des nouvelles docs ou un nouveau chum et de quoi faire la fête. Un parc de béton pour punks, un millimètre en marge du trottoir, à deux pouces des Foufs où il fallait de l’argent pour entrer, dans la traînée de son ambiance1. »

De 1985 à 1996, année de leur conversion en stationnement, beaucoup de jeunes gravitaient autour des Blocs. Certains « punks de fins de semaine » ne faisaient qu’effleurer le mode de vie et retournaient sagement le soir dormir chez leurs parents. Les « vrais » vivaient dans la rue et ne souhaitent pas voir leur état d’esprit dénaturé par des posers. Finalement, il y avait une horde provenant d’autres quartiers ou de la banlieue pour qui le spot était un point de ralliement, voire de ravitaillement, permettant de procéder au passage à quelques « achats de rue ».

Donnant directement sur la rue Sainte-Catherine, on n’y entr’apercevait que de gros blocs de béton, cet ornement quasi consacré des terrains vagues, à l’exception que ceux-ci avaient une réputation notoire : « […] les Blocs* auraient acquis un côté légendaire comparable aux tams-tams auprès des jeunes qui aimeraient débuter la vie de rue; une sorte de “phare” indiquant la porte d’entrée de la vie de rue au centre-ville. Ainsi, les Blocs* pouvaient parfois assumer une fonction initiatique à la vie de rue dépendamment du contexte2[.] »

Michel Parazelli, dans sa thèse, décrit fort bien les nuances entourant les perceptions associées à ce lieu. Cela, tant aux yeux du voisinage enclin au discours « pas dans ma cour », qu’à ceux des jeunes eux-mêmes, variant selon leurs expériences et leur identification ou non au mouvement punk. Pour certains, Les Blocs étaient devenus à éviter, évoquant un ancien chapitre de leur vie. D’autres avaient développé un sentiment d’appartenance envers ce terrain ainsi que tout un réseau de lieux périphériques. « [La] rue Sainte-Catherine, c’est comme ma grande maison […]. Mon salon, c’est les Blocs* et ma cuisine, c’est les restos. Mon lit c’est les squats. J’ai une grande maison3. »

* Orthographe utilisée par l’auteur original.

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BIBLIOGRAPHIE & NOTES

1 Propos tenus sur Facebook par Marie-Paule Grimaldi, médiatrice intellectuelle chez Exeko, organisme collaborateur au projet.

2 Michel Parazelli, « Pratiques de “Socialisation marginalisée” et espace urbain : le cas des jeunes de la rue à Montréal (1985-1995) vol. 2 » (Thèse, études urbaines, UQÀM, 1997). L’auteur original les propos d’Iris, un jeune qu’il a interviewé.

3 Ibid. L’auteur cite Pam, 16 ans, une jeune qu’il a interviewée.


 

IMAGES

1. Michel Parazelli, professeur-chercheur, École de travail social, Université du Québec à Montréal, 1994.

2. Michel Parazelli, professeur-chercheur, École de travail social, Université du Québec à Montréal, 1996.

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