« La surface, la visibilité et la protection1 », trois facteurs sont spontanément venus à la bouche de David Miljour, directeur général de l’organisme Dose Culture, pour décrire le rapport entre le graffiti et le boulevard Taschereau, dont les ruelles semblent être un lieu prisé pour ce genre d’activité.

Durant les décennies 1960 et 70, le boulevard a connu l’essentiel de son développement, un boom alimenté, notamment, par la venue d’Expo67. À cette époque, tout était pensé en fonction de l’automobile et c’est peut-être précisément ce modèle qui a contribué à mettre en place les facteurs qui en font aujourd’hui un environnement de choix pour les graffiteurs. « L’échelle du milieu n’est pas adaptée à l’être humain et le piéton peine à y trouver sa place2. »

Cette artère, ayant pris son essor grâce à la voiture, a conséquemment vu naître des commerces aux parois surdimensionnées afin d’être visibles du boulevard. L’importance consacrée aux façades a probablement engendré le délaissement des ruelles où l’on trouve de nombreux murs aveugles, utiles pour l’exercice du graffiti. La densité dans l’offre de biens et de services semble avoir été privilégiée au détriment d’une harmonie architecturale, ce qui a influencé la configuration des bâtisses les unes par rapport aux autres. Ainsi, Les Ruelles-Taschereau, avec leurs recoins, représentent un attrait pour les artisans de l’ombre.

« C’est comme s’il n’y a pas eu de plan d’urbanisme dans les années où ils l’ont construit : il y a un bâtiment plus proche du boulevard, ensuite un bâtiment plus éloigné avec de l’espace entre chacun et ainsi de suite. Il y a donc plusieurs endroits où les fresques sont extrêmement visibles, mais où il est facile de se dissimuler le soir. Quand tu fais du graffiti, c’est ce que tu recherches, l’affluence.

Finalement, il y a de beaux grands murs sur Taschereau. Le fait qu’ils soient rapprochés, il n’y a pratiquement aucune chance de se faire prendre, c’est sûr que ça penche dans la balance. Souvent parce qu’ils ont plus de temps, les graffers y font soit un throw-up, soit un piece, beaucoup plus élaborés.

Bien que, moi, je peux reconnaître l’aspect technique d’une œuvre […], le commerçant voit plutôt ça comme une violation de sa propriété3. »

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LEXIQUE

Throw-up : « Le throw-up consiste en la formation rapidement exécutée de quelques lettres épaisses et de moyennes ou de grandes dimensions. Réalisées avec de la peinture aérosol, les lettres sont produites selon deux couleurs, l’une pour le remplissage et l’autre pour le contour (Castleman, 1982 : 29 et 21). Le throw-up représente le deuxième type de graffiti avec lequel le graffiteur doit se faire un nom et gagner un respect auprès de sa communauté, comme avec le tag, avant de parvenir au piece4. »

Piece : « Un piece est la réalisation stylisée et colorée de la signature d’un graffiteur : le style, l’agencement des lettres et les combinaisons de couleurs importent dans la détermination de la qualité d’un piece (Castleman, 1982 : 31). De grand format, le piece représente la dernière forme de graffiti. Il tend davantage à démontrer les qualités stylistiques de l’artiste graffiteur plutôt que sa capacité à diffuser sa signature et son nom à la grandeur de la ville5. »


 

BIBLIOGRAPHIE & NOTES

1 David Miljour (directeur général de Dose Culture*), entrevue, propos recueillis par l’artiste.

2 Ville de Brossard et la firme AECOM, Mise en valeur du boulevard Taschereau (2013) (Rapport).

David Miljour, op. cit.

4 Katrine Couvrette, « Le graffiti à Montréal : pratique machiste et stratégies féminines », (Mémoire de M.A., Université de Montréal, 2012), xi, https://papyrus.bib.umontreal.ca/xmlui/handle/1866/8982. Tel que cité par l’auteure : Craig Castleman, Getting Up : Subway Graffiti in New York (Cambridge : The MIT Press, 1982).

Op. cit.

Autre source consultée : Jean-Pierre Collin et Claire Poitras, « La fabrication d’un espace suburbain : la Rive-Sud de Montréal ». Recherches sociographiques 43, no 2 (2002) : 275, DOI : 10.7202/000539ar.

 

* Dose Culture est une entreprise d’économie sociale qui se manifeste, entre autres, par l’art urbain. Elle offre des services d’effacement de graffitis, d’élaboration de plans d’intervention de lutte aux graffitis, de murales, etc.

 

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