Read the English version > coming soon
Depuis plus de 230 000 ans1, le sous-sol de Saint-Elzéar abritait un secret. Une importante grotte a officiellement été découverte en 1976 par des Elzéarois, bien qu’elle ait été connue des « anciens », qui avaient repéré « la stime qui sortait d’là » l’hiver.
Renfermerait-elle l’âme des animaux qui y ont connu une fin tragique depuis des siècles, chutant tout au fond de l’un de ses puits? Les ossements d’un peu plus de 4 500 vertébrés2 se sont amoncelés les uns sur les autres en une lente dégradation souterraine à l’insu de la vie qui grouillait au-dessus.
La cartographie de la grotte a mené à l’émergence d’une toponymie créative* de ses entrailles, noms de lieux que l’on pourrait qualifier d’officieux, puisqu’ils apparaissent sur un plan3 tracé par la Société québécoise de spéléologie sans que les spéléonymes soient soumis4 aux règles de la Commission de toponymie du Québec. Une légère variante de l’un d’eux laisse croire au lieu-dit : le clocher du Curé, plutôt que simplement le Clocher (visible sur le plan). Cette précision vient personnaliser le clocher et valorise une forme de transmission expérientielle, un complément d’information que seule la communauté locale connaît : ce serait Delvida Leblanc, « le curé du temps », qui aurait découvert cette portion allongée de la caverne.
Avec cet ajout au toponyme inscrit sur le plan, reproduit-on inconsciemment ce jeu de collaboration/négociation entre la population locale et les scientifiques venus de l’extérieur travailler au développement des savoirs entourant la grotte?
En territoire partagé, cette carte matérialise les relations. On observe un certain équilibre entre les toponymes de nature géologique (la galerie des Gours, l’autoroute de Calcite) et ceux qui s’inscrivent dans la tradition orale (le clocher du Curé, le puits des Motoneigistes), comme quoi ce phénomène naturel a la capacité de réunir le souterrain et la surface, le rapproché et l’éloigné, le passé et le présent. Un clocher avec sa résonance propre.
* Spéléonymes, expliqués par Michel Beaupré, ex-géologue
Autoroute de Calcite : Petite galerie subhorizontale dans laquelle il faut ramper. Elle relie la Grande Salle au puits des Carcajous, au sud-ouest. « Selon mes souvenirs… Ce nom a été donné dans les premières années des visites. C’est à cause de la nature du plancher calcifié de la galerie qui conduit au puits. On rampe sur une couche de calcite […] Le terme “autoroute” est peut-être un peu exagéré, mais l’enthousiasme de l’époque des explorateurs/topographes prévalait! » (précision de Daniel Caron)
Caverne Anguleuse : Caverne d’origine mécanique découverte au début des années 1990 et ayant fait l’objet de gros travaux de désobstruction en 1993. Nom donné par Michel Cadieux, spéléologue, qui ne savait pas trop quel nom donner à cette caverne d’origine non karstique. Elle est située à quelque 2 km au nord de la caverne de Saint-Elzéar.
Caverne des Apprentis spéléologues : Résurgence périodique découverte en 1999 par des jeunes de Saint-Elzéar (les apprentis spéléologues), à 2,5 km au sud-ouest de la caverne de Saint-Elzéar et à quelque 300 m au nord-est du lac Duval-Sud. Phénomène signalé en 1984.
Chenal de la Vallée-Sèche : Nom purement descriptif; vallée en aval de la perte de ruisseau qui n’est plus parcourue par un cours d’eau, et donc sèche.
Galerie des Gours : Petite galerie perchée du côté ouest de la caverne, du nom des petits barrages qui en couvrent le plancher. Les gours sont de petits bassins d’eau sursaturée en calcite qui s’accumule aux pourtours des bassins pour y former des barrages, aux dimensions millimétriques à métriques.
Grande Fissure : Fracture ouverte située à l’extrémité nord de la Grande Salle. Elle est non visible, car elle est située derrière les éboulis visibles depuis la plate-forme métallique (aussi appelé « diverticule rectiligne » en 1984).
Grande Salle : Salle située à la base du puits d’entrée. C’est la plus grande salle de la caverne, d’où son nom.
Grotte de l’Orignal : Caverne découverte en 2022 à un peu plus de 6 km au nord-est de la grotte de Saint-Elzéar, dans laquelle des ossements d’orignaux ont été retrouvés, dont un a été daté de 6 500 ans.
Le Clocher : Dôme remontant de 10 m dans la salle des Ours et dans lequel on observe de belles concrétions de calcite.
Puits des Carcajous : Puits de 12 m à l’extrémité de la caverne à la base duquel on a retrouvé deux squelettes entiers de carcajous.
Puits des Motoneigistes : Puits d’entrée de 12 m donnant accès à la caverne (il s’agit d’une doline d’effondrement). Il a été découvert durant l’hiver 1975-1976 par des motoneigistes de Saint-Elzéar. C’est ce qui a amorcé toutes les recherches dans le secteur.
Salle des Ours : Cette appellation provient du fait qu’entre des blocs rocheux du plancher existaient des crânes d’ours recouverts de calcite. Ils ont été arrachés de la croûte de calcite, décapés et déposés au musée.
DÉCOUVRIR >
tous les lieux-dits de cette ville
AUDIO
Entrevue réalisée auprès de Pâquerette Poirier et Michel Beaupré, 15 mai 2025.
Durant une période, il était interdit d’aller dans la grotte.
Le curé Delvida Leblanc. Les autres spéléonymes.
Le plus important gisement d’ossements d’animaux de l’est du Canada.
« Les anciens […] allaient chasser là en raquette. »
Les trous souffleurs.
Entrevue réalisée auprès de Marie-Louis et Monette Bourdages, 10 avril 2025.
Les premiers Saint-Elziens à mettre les pieds dans la grotte.
NOTES
1 Gouvernement du Québec. Plan de conservation, réserve de biodiversité du Karst-de Saint-Elzéar, (Québec : Ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs – Direction du patrimoine écologique et des parcs, 2009) ou lagrotte.ca/notre-histoire.
2 G. Prichonnet et M. A. Bouchard, éd., Actes du premier colloque du Patrimoine géologique du Québec, (Montréal : 8-9 septembre 2000), p. 19 – Annexe 1.
3 Société québécoise de spéléologie, Grotte de St-Elzéar : étude en trois phases, (Montréal : Ministère de l’environnement, Direction des réserves écologiques et des sites naturels, 1984-1985).
4 Daniel Caron, spéléologue, propos recueillis par Michel Beaupré, 20 janvier 2026.
IMAGES
1. et 2. Clocher du Curé, août 2019. Photo : Luc Le Blanc, archives de Michel Beaupré (séance photo pour la préparation du livre qu’il a cosigné avec Daniel Caron, Cavernes du Québec – Guide de spéléologie, 2021). Note : toutes les photos de cette page prise par Luc Le Blanc ont été captées dans ce contexte.
3. La grotte de Saint-Elzéar-de-Bonaventure, à la découverte de la Gaspésie souterraine, 1986, Société québécoise de spéléologie, p.13. Avec l’autorisation de Michel Beaupré.
4. Entrée de la caverne, avril 1977, expédition pour récolter des concrétions pour les datations (Un. De McMaster et Société québécoise de spéléologie). Avec l’autorisation de Michel Beaupré.
5. Puits des Motoneigistes, janvier 1977 (échelle spéléo et corde d’auto-assurage, première visite de la Société québécoise de spéléologie). Archives de Michel Beaupré.
6. Puits des Motoneigistes, août 2019. Photo : Luc Le Blanc, archives de Michel Beaupré.
7. Ossements éparpillés sur le talus d’entrée, août 2019. Photo : Luc Le Blanc, archives de Michel Beaupré.
8. à 17. Août 2019. Photo : Luc Le Blanc, archives de Michel Beaupré.





![L’Am[e]](https://topoesie.com/wp-content/uploads/cache/images/fixe/hope_town_amer_01/hope_town_amer_01-3431901016.jpg)



![Pont aux Amoureux/Lovers’ Lane [English]](https://topoesie.com/wp-content/uploads/cache/images/fixe/new_carlisle_lovers_lane_01/new_carlisle_lovers_lane_01-4146941841.jpg)
