Des carrefours, chacun avec leur p’tit nom.
Des trécarrés1, des coins de terre formant un angle avec les principales rues qui montent en s’éloignant de la baie.
Le trécarré des Alain, des Hort, à Pierrot, des Ben, Delarosbil, Lebrasseur, des Denis, à Pierre à Louise.
Témoins d’une époque où l’on identifiait un lieu simplement par la famille ou la personne qui occupait le lopin dans un rapport de proximité qui coule de source, comme l’oralité; où les déplacements sur les tracés convenus déviaient en saison hivernale pour s’abandonner aux chemins de désir qu’offre la neige portante. De nouvelles voies, dessinées sur le couvert poudreux par des gamins allant à l’école avec leur chien et leur p’tite sleigh. Cet animal était fréquemment utilisé pour voyager jusqu’au village, chercher des vivres au magasin général ou pour quérir de l’eau ou du petit bois (aulnes)2. « Ce n’était pas une corvée, c’était un jeu! »
Les voix de ces enfants, devenus grands, résonnent encore avec la fierté d’avoir dressé le meilleur chien, se rappelant l’ambiance compétitive. Leurs souvenirs racontés avec vivacité, sont ponctués d’anecdotes et de personnages, dont Cléophas Gagnon, forgeron à Hope3, qui fabriquait les runners (patins/skis installés sous les sleighs).
« Chez Cl’ofâss, c’était le deuxième perron de l’église!4 »
Dans différents secteurs à Paspébiac et en Gaspésie, voire au Québec, ce genre de transport était pratiqué. Il semble être marqué dans Les Trécarrés étant donné la distance à parcourir pour se rendre au village et l’existence d’installations, des sheds, à proximité de l’école5 pour abriter les animaux : des écuries, principalement destinées à l’usage des chevaux, mais il semblerait que les compagnons des écoliers y auraient aussi trouvé refuge.
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AUDIO
Entrevue réalisée auprès de Claude Loisel et Ghislain Maldemay, 18 octobre 2022.
Sheds de l’église. Messe de minuit.
Église Notre-Dame de Paspébiac 1894-1957, détruite lors d’un incendie, le 19 avril 1957 un Vendredi Saint, tôt après l’heure du dîner6.
Cléophas Gagnon le forgeron, le cordonnier Léo Joseph (Léonard Joseph, Joseph étant son nom de famille).
« Chez Cléophas, ça jouait aux dames ».
Entrevue réalisée auprès de Gilles Lamy, 9 mai 2022.
Les morues du curé.
Courses de chiens organisées.
Entrevue réalisée auprès de Fernand Alain, 5 mai 2022.
Hommage aux noms de famille.
NOTES
1 « Dans le vocabulaire des arpenteurs, un trait carré, c’est une ligne de démarcation qui croise à angle droit la limite d’un lot voisin, et cette ligne se situe généralement à l’extrémité arrière de la terre, à une bonne distance de la maison et des bâtiments. Ces quelques données permettent déjà de prendre conscience que les toponymes contenant le mot trait-carré/trécarré évoquent l’histoire du Québec agricole.
Par métonymie, le mot trécarré a fini par prendre le sens de “partie d’une terre éloignée de la maison”, le “haut du champ” comme on disait aussi, qui pouvait être encore en forêt. » Source : Commission de toponymie et Office québécois de la langue française, Parlers et paysages du Québec : randonnée à travers les mots d’ici, (Québec : Publications du Québec, 2012), 167.
2 Propos recueillis par Camillia Buenestado-Pilon auprès de Ghislain Maldemay qui se base sur les souvenirs de sa tante.
3 Gonzague Gagnon, Joseph Gagnon, Claudia Landry et leur descendance, 1991. (Publication familiale, 1991 / Raynald Hort, éditeur de la version numérique), 17. Et, Ville de Paspébiac, « Les forgerons », Patrimoine Paspébiac, consulté de le 20 mai 2026, patrimoinepaspebiac.com/familles-et-personnes/les-metiers-des-paspeyas-2/forgerons.
4 Claude Loisel et Ghislain Maldemay, entrevue, propos recueillis par l’artiste, 18 octobre 2022.
5 Premier couvent des Sœurs du Saint-Rosaire : 1911-. Source : Ville de Paspébiac, « Couvent Notre-Dame-du-Saint-Rosaire », Patrimoine Paspébiac, consulté de le 20 mai 2026, patrimoinepaspebiac.com/patrimoine-bati/couvent-soeurs-saint-rosaire.
6 Ibid., « Petite chronologie de l’histoire de nos églises », patrimoinepaspebiac.com/patrimoine-bati/eglises/eglise-notre-dame-de-paspebiac.
IMAGES
1. Archives de Jeff Paterson, chien attelé sur le quai de Paspébiac, vers 1950.
2. Joseph-Ovide Gagnon, forgeron à Saint-Godefroi, dont le fils, Cléophas Gagnon exerça le même métier à Hope. Archives de Lorraine Gagnon Carney, 1898.
3. Cléophas Gagnon. Archives de Raynald Hort (petit-fils de Joseph-Ovide Gagnon), vers 1915.






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