Le Site historique national de Paspébiac fourmille chaque été de visiteurs, là pour se faire raconter l’aventure du commerce international de la morue séchée, de la construction navale et du déploiement d’un vaste réseau marchand à travers la Gaspésie, la Côte-Nord, la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick et Terre-Neuve-et-Labrador1 par les compagnies Robin (1767-2005, 238 ans2) et LeBoutiller Brothers (1838-1923, 85 ans3).

La compagnie Robin, entreprise tentaculaire, a fait de Paspébiac une plaque tournante de l’exportation et de l’importation par voie maritime du XVIIIe siècle jusqu’à l’aube du XXIe siècle.

Loin de cette agitation, dans la forêt, reposent toujours des pierres taillées presque dissimulées sous un couvert végétal, quatre bornes géodésiques, qui balisent ce que constituait le « carré Robin » : une réserve de bois4 pour la compagnie destinée, selon les besoins et les époques, à la construction de navires5 ou à la charpenterie6.

Toutes ses transactions, toutes ses interactions se superposent à l’histoire du colonialisme et à la rencontre des cultures. Loin de l’aspect ostensible du site touristique, les bornes de propriété et leur symbolique tracent un quadrilatère imaginaire, marquent des droits bien concrets sur la nature, la matière que l’on y puise. Comme si la forêt avec sa voix ténue, mais multicentenaire, affirmait sa résistance par les feuilles mortes et la mousse qui recouvrent maintenant ces bornes.

Pendant que mélasse, sucre, café, thé, étoffes et autres produits d’outremer7 venaient aux Paspéyas par les eaux des Antilles, de Grande-Bretagne, d’Espagne, du Portugal, de l’Italie et du Brésil, le bois faisait entendre sa chute dans les forêts, juste à côté. Et, dans son écho, le système de crédit mis en place par la compagnie Robin, s’insinuait dans le quotidien des pêcheurs entre efficacité organisationnelle et dépendance8.

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AUDIO

Entrevue réalisée auprès de Ghislain Maldemay, 11 mai 2022.

Le cèdre.

 

[ANGLAIS] Entrevue réalisée auprès de George Le Grand, 11 mai 2022 et 10 juin 2026.

Les bornes seraient taillées dans du granit en provenance de l’île de Jersey.

« Le granit est profondément ancré dans l’identité de Jersey. C’est la pierre de construction de prédilection depuis des millénaires, remontant aux premiers monuments préhistoriques. […] Bien que Jersey soit une petite île (14,5 km sur 8 km) et que le granit ne couvre qu’environ un tiers de sa superficie, il existe de nombreuses variétés différentes, facilement reconnaissables même pour un œil non averti. » Source : traduction libre du blogue de Jonathan Renouf : « Jersey granite », màj 25 juillet 2020, jonathanrenouf.wordpress.com/2020/07/25/granite.

Le travail chez Robin, le réseau de magasins.

Les maisons bâties par la compagnie Robin. Les Jersiais, les anglophones.

Comment son père a commencé à travailler pour la compagnie.

 

Entrevue réalisée auprès de Lucette Parisé, 20 avril 2023.

Dynamique de travail pour la compagnie Robin.

 

Entrevue réalisée auprès de Fernand Alain, 5 mai 2022.

Avant la compagnie Robin.


 

NOTES

1 À ce jour, des traces de ces compagnies ont été associées à 51 sites d’implantation dans le golfe du Saint-Laurent. Source : Jeannot Bourdages, « Aux quatre coins du golfe », blogue du Site historique national de Paspébiac, 3 décembre 2021, sitepaspebiac.ca/histoire/aux-quatre-coins-du-golfe.

2 « Après la Compagnie de la Baie d’Hudson, elle fut la seconde entreprise la plus durable de l’histoire du Canada. » (source : Site historique national de Paspébiac, Histoire, consulté le 20 mai 2026, sitepaspebiac.ca/le-site/a-propos).
1767 – Charles Robin érige une habitation et un dépôt de marchandises à Paspébiac.
2005 – Date de fermeture du magasin Robin de Paspébiac (sources : ibid. et id., sitepaspebiac.ca/histoire/chronologie-du-banc-de-paspebiac).

Entre temps, la compagnie connaîtra différentes dénominations et configurations considérant les processus de rachats et de fusions propres au domaine des affaires : Charles Robin and Company (1783); Charles Robin, Collas and Company (1887); Philip Robin and Company (vers 1890); Robin, Jones and Whitman (1910). Elle fut fondée à Saint-Aubin (Jersey) sous la raison sociale Robin, Pipon and Company (1765) et s’en suivi quelques années plus tard le développement du site de Paspébiac (source : id., patrimoinepaspebiac.com/patrimoine-bati/magasins-generaux).

3 1812 – John LeBoutillier débarque à Paspébiac pour travailler pour la compagnie Robin.
1838 – Fondation de la LeBoutillier Brothers and Company.
1888 – Vente de la LeBoutillier Brothers à des hommes d’affaires de Québec.
1923 – Faillite de la compagnie Le Boutillier Brothers (source : id., sitepaspebiac.ca/le-site/a-propos/ et id., sitepaspebiac.ca/histoire/chronologie-du-banc-de-paspebiac/).

4 « [D]ès 1800, l’arrière du barachois de Paspébiac est presque entièrement réservé aux compagnies Robin et LeBoutillier. On y trouve du bois de la plus grande qualité, dont de l’épinette rouge de la baie des Chaleurs, cité par J. C. Langelier comme étant, en 1824, l’un des meilleurs bois pour la construction navale. En 1877, il existe un grand carré Robin entre les 5e et 6e rangs de Paspébiac, toujours là en 1912. Source : Camillia Buenestado Pilon, « Construire Paspébiac et l’ailleurs », Magazine Gaspésie, consulté le 20 mai 2026, magazinegaspesie.ca/extras/construire-paspebiac-et-lailleurs.

5 « Déjà, dès 1830, Paspébiac construit 21 % des navires de l’empire britannique. L’on va chercher ce bois en arrière de Paspébiac, mais aussi dans ce qui constitue aujourd’hui Hope et Hope Town, comme le témoignent les registres de lettres de Charles Robin. “Some of our timber is four miles from us”, peut-on y lire! » Source : ibid.

6 « D’abord réservés à des fins liées aux pêcheries, ces milieux forestiers ont ensuite répondu aux besoins liés à la construction du chemin de fer et au commerce du bardeau de cèdre. » Source : ibid. Pour ce passage dans l’article on ne traite pas exclusivement du carré Robin.

7 Pour ce qui est du magasin de 1906-1959. Sources : Camillia Buenestado-Pilon Consultante en histoire et en patrimoine. Musée de la Gaspésie, « Compagnie Robin », consulté le 20 mai 2026, archives.museedelagaspesie.ca/album/peche/99-28-395_paspebiac__haut. Ville de Paspébiac, « Les magasins généraux », Patrimoine Paspébiac, consulté le 20 mai 2026, patrimoinepaspebiac.com/patrimoine-bati/magasins-generaux.

8 « [Robin] retient les pêcheurs côtiers par le biais du crédit et de l’endettement. Comme le numéraire est pratiquement absent dans la région, les transactions se font sous forme d’échanges. Robin possède des magasins et offre de la nourriture et du matériel de pêche. En contrepartie, il reçoit de la morue qu’il paie souvent en deçà du prix coûtant. Il la revend ensuite plus cher, s’assurant ainsi des profits importants. » Source : Ministère de la Culture et des Communications, « Charles and Robin Company 1783-2006 », Répertoire du patrimoine culturel du Québec, consulté le 20 mai 2026, patrimoine-culturel.gouv.qc.ca/rpcq/detail.do?methode=consulter&id=10967&type=pge.
« Ce système, apparenté à celui utilisé sous le régime français, était utilisé par l’ensemble des compagnies de pêche en Gaspésie. Il était également en usage ailleurs dans le Golfe du Saint-Laurent et dans d’autres secteurs d’activités économiques. » Source : Musée de la Gaspésie, description du fonds Robin, Jones and Whitman, consulté le 20 mai 2026, museedelagaspesie.wordpress.com/wp-content/uploads/2016/04/p8-description-fonds-et-sc3a9ries-2016-2-francais.pdf.


 

IMAGES

1 à 5. Marie-Claude De Souza, 2022.

6. Courtoisie Jonathan Renouf, 2020. Gros plan sur un morceau de Jersey granite. La couleur orange est attribuable au feldspath, le gris laiteux au quartz et le noir à la hornblende.

7. Courtoisie Jonathan Renouf, 2020. St Aubin’s Fort, île de Jersey.

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